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*3) " Mais la Crèche n’est pas seulement pour nous la joie et la douleur, elle est aussi le souvenir, l’actualité, l’espérance.

Un berceau, nous fait rêver de notre première enfance, il nous fait rêver de nos mères et des douches chansons avec lesquelles leur douce voix apaisait nos premières douleurs, endormait nos premières insomnies, rendait plus profonds nos premiers sommeils..

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Mais cette voix, la Crèche nous la rappelle peu à peu, ces chansons elle nous les redit...Ô bonheur : Cette mère, la Crèche nous la rend ! De la vue d’une Crèche date notre premier désir de possession, de sa possession notre première jouissance de propriété, et quelle jouissance !!! je le demande à mes contemporains : n’étaient-ils pas plus heureux, le jour où ils sont rentrés sous le toit paternel portant, fardeau bien lourd pour eux sur le « Cours » qu’ils ne le sont aujourd’hui, s’ils possèdent une de ces somptueuses villas, assises sur la plage arrondie de Montredon ou sur l’alignement à perte de vue du Prado ?

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C’est à la Crèche aussi que les descendants des Phocéens doivent leurs goûts, leurs vocations, leurs aptitudes : c’est en élevant l’humble toit de l’étable de Béthleem, en faisant mieux que copier, en créant nous-mêmes le paysage qui environne cette étable, c’est sous l’impression de la poésie et de la musique des Noëls de la Crèche que nous devenons, les uns poètes ou musiciens, les autres peintres ou architectes. Qui le sait ?

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C’est peut-être, grâce à ses Crèches que Marseille, compte au nombre de ses fils, des poètes qui s’appèlent Mery, Barthelemy, Joseph Autran, Gaston de Flotte, des musiciens tels que, Boisselot, Bazin et Maurel ; des peintres comme Papety, Barry, Ricard et Loubon. Qui sait encore ? C’est peut-être en achevant de dresser sa première Crèche, un « santon » (diminutif du mot provençal San qui veut dire Saint.) encore à la main que notre grand Puget s’est écrié, il y a 225 ans ; je serai peintre, architecte, sculpteur !

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A mesure que nous passons de la première à la seconde enfance, à mesure que notre intelligence se développe, les rôles changent entre la Crèche et nous. Elle avait prêté et on lui restitue ; elle avait semé et elle récolte ; elle avait donné la leçon et elle reçoit le devoir.

Tout ce qui frappe nos yeux, alors si clairvoyants, tout ce qui émeut notre cœur, alors si impressionnable, nous le confions à la Crèche, comme nous le confierons plus tard à la toile d’un tableau, aux feuillets d’un album, aux pages d’un livre.

Oui, comme je viens de le dire, c’est à la crèche, comme je viens de le dire, c’est à la Crèche que nous faisons notre première étude de dessin linéaire ou de paysage, notre première composition de géographie et d’histoire - histoire de notre ville natale, histoire de notre pays.

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Quand Marseille n’avait pour arroser ses champs et pour alimenter ses fontaines que l’eau du ciel, que la pluie tombant ou devant tomber deux fois l’année, à un intervalle de six mois, en avril et en septembre. Quand elle ne possédait d’autres usines que des moulins à vent, très-nombreux, il est vrai, car le mistral lui, ne fait jamais défaut ; quand elle ne buvait d’autre lait que celui de ses chèvres et de ses brebis, et que le lait de sa vache était réservé pour les malades, à la porte desquels la bonne bête apportait elle-même le bienfaisant remède, voici ce qu’était alors une crèche ....

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...au-devant de l’étable, un petit espace couvert de sable, puis tout auprès des collines clairsemées de pins et d’oliviers, sous l’ombre brûlante desquels descendaient les personnages de tout âge et de toute condition, portant dans leurs bras, sur la tête ou sur les épaules, les présents divers destinés à l’Enfant-Dieu ; quelquefois dans un coin, une grotte à parois humides ; c’était, pour le rôle de l’eau, tout ce que pouvait inspirer à l’imagination la plus complaisante, les gouttes intermittentes que laissaient échapper les lions de la place Royale, les grenouilles des Allées de Meilhan et les Méduses du Cours...

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Texte retrouvé par Gérard Robette-Papet et photos de JC Gosselin

A SUIVRE...DEMAIN !

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